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Droit des étrangers

Regroupement familial : conditions, procédure et recours

7 min de lecture Par Maître Sacha Rostin

Le regroupement familial permet à une personne étrangère installée régulièrement en France de faire venir son conjoint et ses enfants mineurs. C’est une procédure longue, dont l’issue dépend de conditions objectives — durée de séjour, ressources, logement — vérifiées avec rigueur. Comprendre ce qui sera examiné, et à quel moment, évite de déposer un dossier voué au refus.

Qui peut en bénéficier

La demande émane de la personne déjà installée en France, que l’on désigne comme le demandeur ou le regroupant. Elle doit résider régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois sous couvert d’un titre de séjour d’une durée de validité d’au moins un an.

Le regroupement familial concerne :

  • le conjoint, âgé d’au moins dix-huit ans, uni par un mariage régulièrement transcrit ;
  • les enfants mineurs du couple, ainsi que, dans certaines conditions, les enfants issus d’une précédente union lorsque l’autre parent est décédé ou déchu de ses droits, ou lorsque l’autorité parentale a été confiée au demandeur par une décision de justice.

Deux situations sont exclues du dispositif. Le partenaire de PACS ou le concubin ne peut pas bénéficier du regroupement familial : d’autres fondements doivent alors être explorés, notamment celui de la vie privée et familiale. Les enfants majeurs en sont également exclus, y compris lorsqu’ils vivaient jusque-là avec le demandeur à l’étranger.

Enfin, la procédure ne s’applique pas aux membres de famille de ressortissants français ni de ressortissants de l’Union européenne, qui relèvent de régimes distincts et généralement plus favorables.

Les trois conditions de fond

Des ressources stables et suffisantes

Le demandeur doit justifier de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Elles sont appréciées sur les douze mois précédant la demande, et comparées à un montant de référence qui varie selon le nombre de personnes composant la future famille en France.

Deux règles produisent souvent des refus inattendus.

D’abord, les prestations familiales et certaines allocations sont exclues du calcul : le revenu de solidarité active, l’allocation de solidarité aux personnes âgées ou l’allocation aux adultes handicapés ne sont pas prises en compte, sauf exceptions tenant à la situation de handicap du demandeur.

Ensuite, c’est la stabilité autant que le montant qui est examinée. Des revenus atteignant le seuil requis mais issus de contrats courts et discontinus peuvent être jugés insuffisamment stables, alors qu’un contrat à durée indéterminée légèrement en deçà du seuil sera parfois apprécié plus favorablement au regard de l’ensemble de la situation.

Un logement adapté

Le logement doit répondre à des exigences de superficie, variables selon la zone géographique et le nombre d’occupants, ainsi qu’à des conditions de salubrité, de confort et d’équipement. Un agent de la commune ou de l’Office français de l’immigration et de l’intégration procède à une visite ou à un examen sur pièces.

Le logement n’a pas à être disponible au jour du dépôt : il suffit qu’il le soit à la date d’arrivée de la famille. Une promesse de bail ou un engagement de location peut donc être produit, ce qui permet de ne pas supporter le coût d’un logement plus grand pendant toute la durée d’instruction.

Le respect des principes essentiels de la vie familiale

Cette troisième condition, plus qualitative, permet d’écarter les demandes qui heurteraient les principes fondamentaux régissant la vie familiale en France. La polygamie constitue l’hypothèse la plus caractéristique : le regroupement familial ne peut être accordé au bénéfice de plusieurs conjoints simultanément.

Le déroulement de la procédure

La demande est déposée auprès de l’Office français de l’immigration et de l’intégration du lieu de résidence. Le dossier est ensuite transmis au maire de la commune, chargé de vérifier les conditions de logement et de ressources, puis au préfet, qui prend la décision.

Le préfet dispose d’un délai de six mois à compter du dépôt du dossier complet pour statuer. Son silence à l’expiration de ce délai vaut décision implicite de rejet : il ne faut donc pas interpréter l’absence de réponse comme un signe favorable, mais comme le point de départ d’un délai de recours.

Lorsque la décision est favorable, elle ne clôt pas le parcours. Les membres de la famille doivent encore solliciter un visa de long séjour auprès du consulat français de leur pays de résidence. Cette étape constitue une seconde phase autonome, au cours de laquelle le consulat vérifie notamment l’état civil et les liens familiaux allégués. Un refus de visa peut intervenir alors même que le regroupement a été autorisé, souvent pour un motif tenant à l’authenticité des actes d’état civil produits.

Contester un refus

Le refus de regroupement familial

La décision du préfet, expresse ou implicite, peut être contestée par un recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif, en principe dans un délai de deux mois. Un recours gracieux devant le préfet ou hiérarchique devant le ministre de l’intérieur, exercé dans ce délai, en proroge le point de départ.

Devant le juge, plusieurs arguments sont fréquemment mobilisés :

  • l’erreur commise dans l’appréciation des ressources, notamment lorsque des revenus ont été omis, mal calculés, ou lorsque la période de référence a été mal déterminée ;
  • l’erreur portant sur la superficie ou la qualité du logement, en particulier lorsque le rapport de visite est ancien ou imprécis ;
  • l’atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale, garanti par la Convention européenne des droits de l’homme, spécialement lorsque la séparation dure depuis de longues années ;
  • l’intérêt supérieur de l’enfant, lorsque la décision maintient durablement des enfants mineurs éloignés de l’un de leurs parents.

Le refus de visa après autorisation

Lorsque le regroupement a été autorisé mais que le consulat refuse le visa, la contestation obéit à une procédure distincte. Il faut d’abord saisir la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France, dans un délai bref à compter de la notification du refus. Cette saisine constitue un préalable obligatoire à toute action contentieuse. Le tribunal administratif de Nantes est ensuite seul compétent pour connaître du litige.

Cette articulation est une source fréquente d’irrecevabilité : un recours porté directement devant le juge, sans saisine préalable de la commission, sera rejeté sans examen au fond.

Anticiper plutôt que corriger

La durée d’instruction, la rigueur du contrôle des ressources et l’enchaînement de deux procédures distinctes font du regroupement familial un dossier qui se prépare longtemps à l’avance. Vérifier la période de référence des ressources, sécuriser la question du logement et anticiper les difficultés d’état civil évite bien souvent d’avoir à contester une décision plusieurs mois plus tard.

Maître Sacha Rostin, avocat au Barreau de Toulouse, peut examiner la recevabilité de votre projet avant dépôt, ou analyser une décision de refus et les voies de recours qu’elle ouvre.

Questions fréquentes

Quel délai a le préfet pour répondre à une demande de regroupement familial ?

Le préfet dispose de six mois à compter du dépôt du dossier complet. Passé ce délai, son silence vaut décision implicite de rejet, ce qui ouvre le délai de recours de deux mois devant le tribunal administratif.

Le RSA est-il pris en compte dans les ressources ?

Non. Le revenu de solidarité active est en principe exclu du calcul des ressources exigées, de même que plusieurs autres prestations sociales. Seuls les revenus du travail et assimilés sont en règle générale retenus.

Peut-on faire venir son partenaire de PACS par regroupement familial ?

Non. La procédure est réservée au conjoint marié et aux enfants mineurs. Un partenaire de PACS ou un concubin doit envisager d’autres fondements, notamment celui de la vie privée et familiale, dont les conditions sont différentes.

Un projet de regroupement familial ou un refus à contester ?

Que vous prépariez un dossier ou que vous ayez reçu une décision défavorable, un premier échange permet de vérifier les conditions et les délais applicables à votre situation. Vous pouvez consulter les honoraires du cabinet, prendre rendez-vous, ou consulter notre article sur le refus de titre de séjour ainsi que la page droit des étrangers.

Cet article présente des informations juridiques générales, à jour à sa date de publication. Le droit évolue et chaque situation appelle une analyse qui lui est propre : ces informations ne constituent pas une consultation et ne sauraient se substituer à l’avis d’un avocat sur un dossier déterminé.